La liberté d’expression est depuis quelques années un sujet qui gagne en popularité. On se rappelle d’ailleurs l’événement d’une radio de Québec qui dénonçait une décision du Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) utilisant la liberté d'expression comme principal moyen de défense. Effectivement, il s’agissait d’un cas radiophonique, mais qu’en est-il d’Internet? Doit-on tout permettre au nom de la liberté? Selon moi, le droit à la liberté est trop souvent utilisé comme prétexte cachant de réelles intentions.
Le réseau Internet est large et il est difficile d’établir des limites sur ce qui peut ou non être diffusé sur ce dernier. Les réseaux sociaux offrent trop souvent cette possibilité d’afficher, pour certains, leurs mécontentements à l’égard de différentes choses de la vie. Le nombre de personnes utilisant Internet est proportionnel au nombre de façons de penser. Comment alors s’assurer d’une limite acceptable pour tous, puisqu'après tout, ce qui est acceptable pour l’un, peut ne pas l’être pour l’autre?
Internet fait maintenant partie de la vie des gens et il devenait chose normale pour le Conseil des droits de l’homme de l’ONU d’adopter, au cours du mois de juillet 2012, une résolution sur le droit à la liberté d’expression sur Internet. Mme Eileen Chamberlain Donahoe déclarait suite à l’adoption par consensus du texte que « c’est la première résolution de l’ONU qui confirme que les droits de l’homme et le domaine de l’Internet doivent être protégés avec le même engagement que dans le monde réel ». (La Presse, 2012, en ligne) Le texte affirme que les droits qui s'appliquent hors ligne, en particulier la liberté d'expression, doivent être protégés aussi en ligne, à travers n'importe quel média, et indépendamment des frontières. Il ne s’agit à mon avis que d’un début en matière de résolution au sujet de la liberté d’expression sur Internet.
Dans son premier essai, Anne Deguire présente Twitter comme l’outil permettant de communiquer différentes informations véhiculées de façon succincte et de suivre des sujets d’intérêt, en temps réel. Le qualifiant de microblogue, Mme Deguire démontre la convivialité de son utilisation en démontrant qu’il n’est pas nécessaire d’être inscrit pour consulter les tweets et les échanges sur le site. L’un des atouts de Twitter est de « propager les nouvelles, autant les bonnes que les mauvaises » (Deguire, en ligne), et ce, en un simple clic à près d’un demi-milliard d’abonnés provenant de tous les rangs de la société. Bien qu’il rejoigne une quantité importante de personnes, le média ne s’adresse toutefois pas au public en général. Elle cite d’ailleurs l’exemple des personnes âgées qui ne figurent pas parmi les plus actifs sur Internet. Se trouve également parmi les aspects négatifs la vigilance à exercer pour l’entreprise qui n’est jamais à l’abri de commentaires désobligeants commis à son endroit par l'intermédiaire de Twitter.
Le point de vue exposé à l’intérieur de l'essai de Mme Deguire est celui du relationniste. Elle caractérise Twitter comme un instrument de la communication publique, un outil devenu indispensable pouvant servir tant pour la politique, pour le lancement d’entreprise ou encore, dans la vie de tous les jours afin d’émettre diverses opinions. En nous référant au métier de relationniste, Mme Deguire nous démontre l’utilité de Twitter comme outil de contact et de visibilité pour créer un réseau de clients potentiels et pour diffuser de l’information.
Si le métier de relationniste exige d’être constamment aux aguets, celui de journaliste en demande tout autant. Cependant, des différences importantes existent, tant dans la façon de véhiculer l’information que de la traiter. Un objectif commun rallie les deux métiers : celui d’informer le public. Toutefois, les intérêts de chacun divergent. La spécificité du rôle de relationniste « réside dans le fait de doter les entreprises, les services ou les causes d’une image positive et d’établir des stratégies pour faire face aux défis, aux enjeux et aux problèmes qu’ils affrontent. » (Dagenais, 1999 : 12) En tenant compte que l'utilisation de Twitter est exercée avec une certaine assiduité, les propos de Mme Deguire sont vraisemblablement exacts à l'effet qu’on pourrait qualifier l'outil d’indispensable dans l’exercice des fonctions du relationniste.
Pour sa part, « le rôle essentiel des journalistes est de rapporter fidèlement, d’analyser, de commenter, le cas échéant, les faits qui permettent à leurs concitoyens de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. » (Fédération professionnelle des journalistes du Québec, en ligne) Entre la véracité de l’information et la vitesse à laquelle elle est véhiculée, le fait d’être le premier à livrer une nouvelle représente un réel défi pour le journaliste. Le journaliste n’a pas pour objectif de soigner l’image d’une entreprise, mais bien de demeurer à l’affût de ce qui pourrait être d’intérêt public, tout en s’assurant préalablement de vérifier et d’articuler des contenus pour finalement, livrer l’information. « Ce n’est plus le journaliste qui est le premier sur le terrain, décrivant les événements, humant la couleur et interrogeant les acteurs et les témoins. Le journaliste n’est plus confronté aux faits eux-mêmes, mais à leur récit pris sur des sources parfois non fiables. » (JourNet, 2005, en ligne) Le journaliste se retrouve alors dans un entre-deux, une course contre la montre où, d’un côté, il bénéficie d’un grand nombre de renseignements, provenant de sources connues ou inconnues, et d’un autre, où il est confronté à la difficulté de savoir, sur-le-champ, si l’information est vraie ou non.
Il s’agit là d’une lourde tâche pour le journaliste qui a vu son métier évoluer avec l’arrivée des nouvelles technologies. Aux différentes sources d’information auxquelles il peut recourir, documentaires, personnelles et publiques, le journaliste ne peut faire abstraction de cette nouvelle réalité que sont les réseaux sociaux et, par le fait même, Twitter. « De toute évidence, il doit s’intégrer à son milieu s’il désire devenir crédible autant auprès du public que des personnes-ressources. » (Leclerc, 1991 : 265) S’intégrer, cela signifie aussi s’imprégner des nouvelles façons de faire, d’apprivoiser et maîtriser ce nouveau moyen de recueillir et de transmettre l’information.
Twitter : l’allié des journalistes
L’affaire Dominique Strauss-Kahn est l’un des exemples concrets où les agences de presse ont été supplantées par Twitter.
Le premier tweet de l'affaire Strauss-Kahn.
La vidéo suivante démontre toute l’importance de ce réseau social puisque c’est par un tweet, d’une personne, qui précisons-le, n’était pas journaliste, que la nouvelle de l’arrestation à New York de M. Strauss-Kahn a été dévoilée au grand jour.
L’affaire a tôt fait d’interpeller les rédacteurs français qui ne pouvaient alors que se fier à la nouvelle, et ce, par manque d’informations par l’entremise des médias traditionnels. Ont ensuite été dépêchés sur place de nombreux journalistes qui ont pu, à leur tour suivre l’évolution de l’affaire. Journaliste à Europe 1, Jean-Philippe Bolasse, qui se trouvait dans la salle d’audience, commençait déjà à décrire le déroulement du procès. Il faisait alors part du commentaire suivant : « Je n’ai jamais vu autant de journalistes twitter en même temps. » (YouTube, 2011, en ligne) C’est à ce moment que les gens ont commencé à suivre les développements de l’affaire par l’entremise de Jean-Philippe Bolasse.
L’exemple démontre que tout le monde peut maintenant participer à fournir de l’information et les journalistes sont contraints à comprendre qu’ils ne seront dorénavant plus les seuls à avoir accès à différentes sources d’information. La nouvelle va maintenant au-delà des frontières, et ce, en temps réel. Certains pratiquant le métier peuvent même craindre cette facilité pour quiconque d’émettre une nouvelle et la voir comme une certaine concurrence. À cela, Lisa-Marie Gervais, journaliste de profession pour Le Devoir, déclare que « cette coexistence est plutôt saine. Après tout, ce sont eux qui nous alimentent, nous permettent de savoir ce qui va et ce qui ne va pas, de connaître la vérité et de la faire éclater au grand jour. » (Char, 2010 : 35)
Dans l'affaire Strauss-Kahn, Twitter s’est avéré le véritable allié du journaliste. Le site Internet de Twitter a d’ailleurs prévu une section spéciale où se trouvent les meilleures pratiques de Twitter, exclusives aux journalistes et aux salles de rédaction. L’approche adoptée est respectueuse à l’égard du métier et se veut également une façon de se présenter comme un outil à valeur ajoutée. « We know you come from different generations. […] You began your careers in different media: radio, print, broadcast, online and mobile. But you share a common bond: the desire to make a difference in the world, bringing reliable information to the communities you serve. » (Twitter, en ligne)
Enfin, avec l’arrivée de nouveaux outils comme Twitter, il est légitime de s’interroger à propos de l’avenir réservé au journalisme. Si « chaque usager construira sa propre chaîne d’information par exemple en s’inscrivant à tous les flux de son choix » (Cauchon, 2009, en ligne), est-ce que l’on peut considérer qu’un réseau comme Twitter vient interférer dans le métier de journaliste et s’agit-il d’un premier pas vers une disparition? Le monde change, évolue et les façons de communiquer aussi. L’instantanéité a ses avantages, mais comporte également un bon nombre de désagréments. « Incapables de freiner la progression de la technologie, les journalistes ne peuvent pas non plus être insensibles aux nouveaux désirs des auditoires. » (Pritchard et Sauvageau, 1999 :123) Et le désir d'être informés en temps presque réel fait déjà partie des attentes des citoyens.
En même temps, à quoi vaut concentrer ses efforts sur ces nouveaux outils si l’on doit tout de même considérer les besoins de fournir une information à ceux qui n’ont pas encore adhéré aux nouvelles technologies? Une enquête canadienne portant sur l’utilisation d’Internet réalisée en 2007 montre « que la fracture du numérique (ou l’écart dans le taux d’utilisation d’Internet) persistait chez certains groupes de Canadiens, selon le revenu, la scolarité et l’âge. L’enquête a en outre montré que les personnes vivant dans des régions urbaines ont continué d’être plus susceptibles d’avoir utilisé Internet que celles vivant dans des régions rurales ou des petites villes. » (CEFRIO, 2008, en ligne) Puisqu’avec Twitter la nouvelle émane souvent du citoyen, peut-on envisager que nous devrons faire face à des enjeux discriminatoires en ce qui a trait aux nouvelles véhiculées? Les nouvelles technologies ont creusé des fossés avec le temps, tant entre les générations qu’entre les diverses situations géographiques. Le journaliste sera là pour rallier profitant d’une part de l’opportunité qu’offre Twitter de travailler de pair avec les citoyens, tout en ne perdant pas de vue les autres sources plus traditionnelles d’information pouvant s’avérer tout aussi pertinentes, et ce, pour le plus grand bénéfice de tous.
Char, Antoine, 2010. La quête de sens à l’ère du Web 2.0 : Rencontre avec les journalistes du devoir. Québec : Presses de l’Université du Québec, 91 p.
Dagenais, Bernard. 1999. Le métier de relationniste. Québec : Presses de l’Université Laval, 249 p.
Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Guide de déontologie des journalistes du Québec. En ligne. <http://www.fpjq.org/index.php?id=82> Consulté le 30 novembre 2012.
Leclerc, Aurélien. 1991. L’entreprise de presse et le journaliste. Québec : Presses de l’Université du Québec, 411 p.
Pritchard, David et Florian Sauvageau. 1999. Les journalistes canadiens : un portrait de fin de siècle. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 144 p.